
Une démarche RSE tient dans la durée quand elle part de l’activité de l’entreprise, de ses enjeux réels et du temps dont elle dispose. La liste d’actions vient ensuite. Dans une entreprise de 15 ou 40 personnes, cet ordre évite deux écueils : empiler des gestes sans rapport avec le métier, ou lancer un chantier que personne n’aura le temps de suivre.
La RSE (responsabilité sociétale des entreprises) désigne la façon dont une entreprise prend en compte les effets de son activité sur la société et l’environnement. Ce cadre laisse beaucoup de latitude à une petite structure, et c’est une bonne nouvelle.
Une marge de manœuvre réelle, sous la pression des clients
La norme ISO 26000, référence internationale sur le sujet, contient des lignes directrices et non des exigences. Elle s’adresse aux organisations de toutes tailles et ne se prête pas à la certification1. Personne ne peut donc vous reprocher de ne pas la « respecter » à la lettre.
La publication obligatoire d’informations de durabilité s’éloigne elle aussi des PME : la directive Omnibus réserve la CSRD aux entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net, et la France doit transposer ces seuils au plus tard le 19 mars 20272.
La demande arrive plutôt par les clients. Dans la troisième édition du baromètre de l’ORSE, de Bpifrance et de PwC, 66 % des fournisseurs répondants se disent sollicités « souvent » ou « parfois » sur ces sujets, et 41 % le sont au moment de l’appel d’offres3. Une démarche construite à partir de votre activité vous donne des réponses solides à ces demandes, sans vous obliger à refaire le travail pour chaque client.
Étape 1 : décrire l’activité telle qu’elle est
Tracez sur une seule page le parcours de ce que vous vendez : ce que vous achetez, ce que vous produisez ou réalisez, comment cela parvient au client, ce que cela devient après usage. Ajoutez vos sites, votre effectif, vos principaux fournisseurs et clients.
Cette page fait apparaître des sujets très différents d’une entreprise à l’autre. Une société de conseil regardera d’abord les déplacements, le numérique et les conditions de travail. Une fonderie regardera l’énergie, les matières premières et la sécurité des postes. Un plan copié sur celui d’une autre entreprise passe à côté de ces différences.
Étape 2 : repérer les enjeux et les attentes
Utilisez ensuite les sept questions centrales de l’ISO 26000 comme grille de relecture : gouvernance de l’organisation, droits de l’Homme, relations et conditions de travail, environnement, loyauté des pratiques, questions relatives aux consommateurs, communautés et développement local4. Pour chacune, posez une seule question : notre activité a-t-elle ici un effet notable, positif ou négatif ? Une réponse négative est acceptable, à condition de pouvoir l’expliquer.
Croisez ce premier repérage avec ce que l’on attend de vous :
- les questionnaires et clauses reçus de vos clients ces douze derniers mois ;
- les règlements de consultation, si vous répondez à des marchés publics : depuis le 22 août 2026, ces contrats comportent une clause environnementale et, lorsqu’ils sont notés, un critère environnemental5 ;
- ce que disent vos salariés, à qui il suffit souvent de poser la question en réunion d’équipe ;
- les obligations propres à votre secteur.
Vous obtenez une liste courte d’enjeux, chacun rattaché à un fait observé. Pour les classer, une notation simple de l’importance pour l’entreprise et pour les personnes concernées suffit à ce stade.
Étape 3 : regarder les ressources avant de promettre
Notez ce qui est réellement disponible : heures par mois, budget annuel, compétences internes, personne qui portera le sujet. Un chantier sans responsable nommé et sans temps réservé n’existe que sur le papier.
Ce constat fixe la taille du plan. Notre recommandation pour une première année : deux ou trois chantiers que vous êtes certain de tenir, plutôt que dix dont la moitié restera ouverte. Une PME de 40 personnes dotée d’un responsable qualité peut viser plus large qu’une TPE où le dirigeant fait tout. Les deux démarches sont légitimes.
Étape 4 : écrire une feuille de route courte
Pour chaque chantier retenu, fixez cinq éléments : l’objectif, le responsable, l’échéance, l’indicateur suivi et la preuve que vous pourrez montrer. Une page suffit.
Voici un exemple fictif, pour illustrer le raisonnement. Un atelier de mécanique de 25 salariés constate trois choses : un poste énergie élevé, plusieurs presqu’accidents sur l’année et un donneur d’ordres qui envoie un questionnaire RSE chaque printemps. Il retient trois chantiers :
- relever la consommation d’énergie par machine, puis régler les arrêts hors production ;
- analyser chaque presqu’accident en réunion d’atelier et suivre leur nombre ;
- ranger dans un dossier unique les justificatifs demandés par le questionnaire.
Le mécénat et le label attendront l’année suivante. Ces choix sont faciles à expliquer au donneur d’ordres, parce qu’ils découlent de faits constatés dans l’atelier.
Ce que cette méthode ne règle pas
Elle ne remplace pas une vérification de conformité : vos obligations légales s’appliquent quel que soit votre plan, et elles se contrôlent à part.
Elle ne donne droit à aucun label. Une notation EcoVadis ou une certification B Corp ou ISO 14001 ont leurs propres critères, à examiner si un client ou un marché les exige.
Elle reste aussi exposée au regard interne : une équipe voit mieux ce qu’elle connaît déjà. Un échange avec un client, un fournisseur ou un intervenant extérieur permet de corriger ce biais. Enfin, le plan se révise, au moins une fois par an et dès qu’un élément change, comme un nouveau site ou un client important.
Par quoi commencer
Cette semaine, réservez deux heures avec une ou deux personnes de l’équipe. Tracez la page d’activité et rassemblez les demandes RSE reçues de vos clients sur les douze derniers mois. Vous aurez alors la matière des étapes 1 et 2.
Si vous souhaitez un regard extérieur sur ce travail, notre offre Structurer couvre la stratégie environnementale et RSE.
Un projet, une question sur votre démarche RSE ?
Un premier échange de 30 minutes clarifie souvent beaucoup de choses. Sans engagement, sans jargon.
Notes et sources
- ISO, « ISO 26000 – Responsabilité sociétale », consulté le 3 novembre 2026. https://committee.iso.org/iso/fr/home/standards/iso26000.htm Retour au texte
- Portail RSE, « Seuils CSRD et directive Omnibus : critères d’application », consulté le 3 novembre 2026. https://portail-rse.beta.gouv.fr/csrd/seuils-csrd-omnibus-criteres-d-application/ Retour au texte
- ORSE, Bpifrance et PwC, « La parole aux fournisseurs », troisième édition, questionnaire diffusé de janvier à mai 2025, résultats présentés par EcoVadis le 10 janvier 2026. Les pourcentages portent sur les répondants. https://ecovadis.com/fr/blog/enquete-france-la-parole-aux-fournisseurs-cinq-enseignements-majeurs-de-la-troisieme-edition/ Retour au texte
- AFNOR, « ISO 26000 en 10 questions ». https://www.afnor.org/wp-content/uploads/2016/08/ISO26000-en-10-questions.pdf Retour au texte
- Direction des Affaires juridiques et Conseil national de la commande publique, « Fiches oui/non, article 35 de la loi Climat et résilience », juillet 2026, consultées dans la copie publiée par Landot & associés. Les achats passés sans publicité ni mise en concurrence suivent un régime particulier. https://blog.landot-avocats.net/wp-content/uploads/2026/07/Fiches_oui_non_article_35_loi_climat_resilience.pdf Retour au texte



