
Pour une première hiérarchie, une réunion de deux heures et une grille à deux questions suffisent à une TPE ou à une PME : quelle est la gravité de cet enjeu pour les personnes et l’environnement, et quel est son poids pour l’entreprise ? Le résultat reste une aide à la décision. Il ne remplace ni une analyse réglementaire ni une mesure chiffrée.
Cette grille reprend de façon très simplifiée l’idée de la double matérialité, utilisée par la CSRD, qui regarde à la fois les effets de l’entreprise sur la société et l’environnement et l’effet de ces sujets sur sa valeur1. Une PME hors du champ de la CSRD n’a pas besoin de cet appareil complet pour décider de ses premiers chantiers.
Préparer une liste courte
Partez de ce que vous observez : le parcours de vos produits ou services, les questionnaires reçus, les remontées de vos équipes. Utilisez ensuite les sept questions centrales de l’ISO 26000 pour vérifier que vous n’oubliez pas un domaine entier : gouvernance de l’organisation, droits de l’Homme, relations et conditions de travail, environnement, loyauté des pratiques, questions relatives aux consommateurs, communautés et développement local2.
Écrivez chaque enjeu sous une forme précise. « Environnement » ne se classe pas. « Consommation de gaz du four » ou « accidents lors des livraisons » se classent. Entre dix et quinze lignes donnent en général assez de matière pour une première réunion.
Mettre à part ce qui ne se discute pas
Sortez du classement tout ce qui relève d’une obligation légale ou d’un danger grave pour les personnes. Le respect du droit du travail ou la prévention d’un accident grave se traitent sans attendre, quelle que soit leur note. Cette règle évite qu’une moyenne fasse passer un risque sérieux derrière un sujet plus visible.
Noter avec deux questions
Réunissez trois à cinq personnes qui connaissent des parties différentes de l’activité, par exemple l’atelier, le commercial et l’administration. Notez chaque enjeu de 1 à 3 sur chaque axe.
Le premier axe porte sur les personnes et l’environnement. Regardez la gravité de l’effet, le nombre de personnes ou l’étendue concernées, et la possibilité de le corriger une fois survenu.
Le second axe porte sur l’entreprise. Regardez ce que cet enjeu représente en coûts, en clients, en recrutement, en continuité d’activité.
Discutez les écarts de notes. Ces échanges apportent souvent plus que le score, car ils font apparaître ce que chacun sait de l’activité.
Lire le résultat
Voici un exemple fictif, pour une entreprise de nettoyage de 30 salariés.
| Enjeu | Personnes et environnement | Entreprise | Décision |
|---|---|---|---|
| Troubles liés aux gestes répétés | 3 | 3 | Chantier de l’année |
| Produits d’entretien utilisés | 2 | 3 | Chantier de l’année |
| Déplacements entre les sites | 2 | 2 | À mesurer d’abord |
| Déchets de bureau | 1 | 1 | Gestes simples, sans plan dédié |
Les enjeux notés haut sur les deux axes forment le premier plan. Un enjeu noté haut sur le premier axe seulement mérite une vraie discussion : les clients ne le demandent peut-être pas, et l’entreprise en reste responsable. À l’inverse, un enjeu noté haut seulement sur le second axe relève d’abord de la gestion courante.
Terminez par un choix. Retenez deux ou trois chantiers au regard de vos ressources, en écrivant pourquoi les autres attendent. Cette trace vous servira l’année suivante, et devant un client qui pose la question.
Les limites de cette méthode
Elle repose sur le jugement des participants. Une note de 1 à 3 donne une impression de précision qu’elle n’a pas, et deux équipes différentes n’obtiendraient pas le même classement.
Elle voit mal ce que personne ne mesure. Sans Bilan Carbone®, une équipe peut surestimer les déplacements visibles et passer à côté des achats. Si un enjeu semble important et reste mal connu, la bonne décision peut être de le mesurer avant de le classer. Notre article sur le calcul des scopes 1, 2 et 3 aide à situer ces postes.
Elle donne peu de place aux personnes extérieures. Un client, un fournisseur ou un riverain ne voit pas l’entreprise comme ses salariés. Un ou deux échanges avant la réunion réduisent ce biais sans alourdir l’exercice.
Elle ne produit pas une analyse de double matérialité au sens de la CSRD, dont la méthode est décrite par les normes ESRS1. Ne la présentez jamais comme telle dans un rapport, un questionnaire ou une offre.
Une approche plus poussée se justifie dans certains cas : un client ou un financeur demande une analyse formalisée, votre secteur présente des risques élevés, ou vos participants n’arrivent pas à trancher faute de données.
Par quoi commencer
Fixez la réunion, invitez trois personnes et demandez à chacune d’apporter trois enjeux écrits de façon précise. Prévoyez de sortir de la salle avec au plus trois chantiers et un responsable pour chacun.
Si vous préférez être accompagné pour animer ce travail, notre offre Structurer couvre la stratégie environnementale et RSE.
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Notes et sources
- Projet Celsius, « Double matérialité », glossaire, consulté le 3 novembre 2026, qui renvoie aux normes ESRS et à la directive CSRD. https://projetcelsius.com/glossaire/double-materialite.md Retour au texte
- AFNOR, « ISO 26000 en 10 questions ». https://www.afnor.org/wp-content/uploads/2016/08/ISO26000-en-10-questions.pdf Retour au texte



